5 février 2019

KröniK | Sons Of Alpha Centauri - Continuum (2018)


De Sons Of Alpha Centauri, on connaît surtout l'album partagé avec Treasure Cat, "Last Days Of Summer" (2009) dont on garde le souvenir d'un stoner rock instrumental biberonné à Karma To Burn, l'incontestable maître du genre. De fait, en le déflorant, "Continuum" n'a pas manqué de nous surprendre par ses aplats plus feutrés que couillus. Il faut dire que les Anglais ont eu le temps d'évoluer, de mûrir pendant cette abstinence longue de neuf années. Prétendre que ces derniers sont avares de leur semence tient du doux euphémisme. De là à affirmer qu'il s'agit presque d'un nouveau groupe, il y a un pas que nous ne franchirons pas car le quatuor a, dès ses débuts, su mêler puissance et atmosphères en laissant ses influences post rock remonter à la surface.

Mais il n'en demeure pas moins que ce qui n'est au final que son deuxième opus officiel peut de prime abord décevoir par son apparente retenue. Malgré une épaisse couche de guitares ('Solar Storm'), les musiciens ne forcent jamais le trait, aux lignes appuyées, ils préfèrent un pastel d'ambiances. Alors que l'ennui guette déjà souvent ce type de maillage entièrement instrumental, le choix de privilégier la douceur d'une brise à la force d'une tempête rend plus grand encore le risque d'endormir l'auditeur. En réalité, "Continuum" se révèle bien plus vivant qu'il n'en a l'air mais ce n'est qu'après avoir multiplié les préliminaires qu'il offre sa précieuse intimité, nichée dans les doux méandres d'un rock pointilliste auquel la prise de son de Aaron Harris (Isis) confère une bonne part de sa texture délicate. C'est aussi dans sa globalité contemplative qu'il dévoile sa beauté paroxysmique, laquelle explose en un orgasme émotionnel lors d'un 'Return Voyage' déchirant, échappée longue de plus de dix minutes qui ferme un menu tout en progression dont les huit pistes semblent n'en former qu'une seule, côtés successifs d'un ensemble indivisible qui se déploie tranquillement pour mieux nous envoûter. Les quatre Anglais sont à l'unisson d'une expression presque silencieuse, néanmoins secouée dans ses profondeurs par une tension larvée. Si les claviers les nimbent d'un voile ouaté quasi spatial ('Jupiter'), la guitare pigmente ces compositions d'une dureté souterraine quand bien même Marlon King égrène une trame souvent fragile sinon atmosphérique ('Io'), cependant que le travail de la paire Nick Hannon (basse) et Stevie B (batterie) arrime le tout à une terre ondoyante. "Continuum" n'échappe pas à une noirceur diffuse qui s'étale peu à peu, particulièrement prégnante sur 'Interstellar' auquel succède le court 'Orbiting Jupiter' et son piano empreint de tristesse. Corollaire de cette mélancolie discrète, l'album a quelque chose d'un voyage entêtant dont la fébrilité ne le rend que plus grave et profond. Il est l'oeuvre d'un groupe plus mature, qui a su définir une signature plus personnelle. Souhaitons que Sons Of Alpha Centauri confirme rapidement une évolution dont on aimerait goûter le fruit sans devoir patienter à nouveau dix années supplémentaires ! (18.07.2019) ⍖⍖⍖







From Sons Of Alpha Centauri, we know especially the album shared with Treasure Cat, "Last Days Of Summer" (2009) whose memory of an instrumental rock stoner is still alive and well with Karma To Burn, the undeniable master of this genre. In fact, by deflating it, "Continuum" did not fail to surprise us with its flat tints more felted than couillous. It must be said that the English had time to evolve, to mature during this long nine year abstinence. To claim that the latter are stingy with their seed is a sweet euphemism. From there to affirm that it is almost a new band, there is a step that we will not take because the quartet has, from the beginning, been able to mix power and atmosphere by letting its post-rock influences rise to the surface. But the fact remains that what is ultimately only his second official opus may at first glance disappoint with its apparent restraint. Despite a thick layer of guitars ('Solar Storm'), the musicians never force the line, with strong lines, they prefer a pastel atmosphere. While boredom often already lies in wait for this type of entirely instrumental mesh, the choice to favour the softness of a breeze over the force of a storm makes the risk of putting the listener to sleep even greater. In reality, "Continuum" is much more alive than it seems, but it is only after having multiplied the foreplay that he offers his precious intimacy, nestled in the gentle meanders of a pointillist rock to which the sound recording of Aaron Harris (Isis) gives a good part of its delicate texture. It is also in its contemplative globality that it reveals its paroxysmal beauty, which explodes into an emotional orgasm during a heartbreaking "Return Voyage", a ten-minute breakaway that closes a menu that seems to be progressing, with eight tracks that seem to form a single one, successive sides of an indivisible whole that unfolds quietly to better enchant us. The four Englishmen are in unison in an almost silent expression, yet shaken in its depths by a latent tension. If the keyboards nestle them with a quasi-space fleece ('Jupiter'), the guitar pigments these compositions of an underground hardness even though Marlon King shreds an often fragile if not atmospheric framework ('Io'), while the work of the pair Nick Hannon (bass) and Stevie B (drums) ties everything to an undulating ground. "Continuum" does not escape a diffuse darkness that gradually spreads, particularly striking on "Interstellar" followed by the short "Orbiting Jupiter" and its sad piano. A corollary of this discreet melancholy, the album is something of a heady journey whose feverishness makes it all the more serious and profound. It is the work of a more mature group, which has been able to define a more personal signature. Let's hope that Sons Of Alpha Centauri quickly confirms an evolution whose fruit we would like to taste without having to wait another ten years! (18.07.2019)

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