Ghost Bath n'aime rien moins que brouiller les
pistes. A l'image de son origine géographique qu'on a dans un premier temps cru
chinoise alors qu''elle serait en fait américaine, son identité se révèle
insaisissable. De loin, en effet, son art paraît macérer au fond du creuset
d'un black metal d'inspiration dépressive. Le titre de son galop d'essai,
« Funeral » (2014), le chant hurlé qui perce le voile opaque d'une
nuit éternelle et des atmosphères qui suintent un misérable désespoir
participent de cette (pas si) évidente filiation. Que le groupe se nourrisse
d'influences shoegaze renforce cette impression. Celui-ci pourrait donc se
limiter à n'être qu'un flagellant de plus, se meurtrissant les chairs à coups
de scalpel rouillé. Mais de loin, la réalité se veut plus nuancée car Ghost
Bath s'affranchit des codes du genre, brise le pesant carcan du DSBM, louvoyant
entre plusieurs (sous) chapelles, du post black au black atmosphérique, quand
bien même celles-ci ne sont ni plus ni moins que les différents côtés d'un seul
édifice aux ténébreuses fondations. C'est ce qui fait tout le sel de
« Moonlover », deuxième opus dont la richesse le rend non seulement
passionnant mais surtout imprévisible. Habillé d'un visuel insolite qui tranche
par rapport aux conventions esthétiques coutumières dans le style malgré son
noir et blanc, premier indice d'une expression extrêmement personnelle, ce
méfait suit un tracé pour le moins curieux tour à tour intensément brutal ou puissamment
contemplatif. Entame squelettique, 'The Sleeping Fields' égrène des notes
douloureuses avant que la bête se mette en branle avec un 'Golden Number' torrentiel.
Tandis que le batteur se prend pour le Lapin Duracel, le chanteur vomit des
cris écorchés lointains. Mais très vite, le ton se pare de mélodies qui n'évitent
que de peu le sirop, grâce à cette noblesse de trait empreinte d'un spleen
majestueux. Au gré de ses neuf minutes, les traits changent fréquemment,
oscillant entre le pur black metal et un post rock osseux. Plus intéressant
encore se veut 'Happyhouse', échappée qui elle aussi hésite entre la plainte
lancinante et l'envolée débridée, golem aux pieds d'argile que sculptent des
guitares engourdies par un désespoir granuleux. Suivent alors deux pistes
instrumentales du plus bel effet, 'Beneath The Shade Tree' puis le premier
volet du diptyque 'The Silver Flower', que berce une ambiance rêveuse tavelée
toutefois d'une sourde amertume. Dès lors, l'opus gagne en pouvoir d'évocation
et en grandeur, entre la seconde partie de cette longue pièce qui creuse un sillon
suicidaire, un 'Death And The Maiden' galopant à travers de funestes paysages
avant de s'abîmer peu à peu dans une tristesse langoureuse et le terminal
'Ascension', titre tout aussi reptilien dans sa tortueuse progression,
labyrinthe qu'irriguent ces guitares aux grains stratosphériques.
"Moonlover" confirme le potentiel de Ghost Bath, qui parvient à
transcender le credo d'un black dépressif aux atours déliés. 3,5/5 (2016)
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