27 décembre 2022

KröniK | K - Untitled II (2022)




Son premier signe de mort nous a déjà fourni l'occasion de dire tout le bien que nous pensons de K et par là-même de celui qui en incarne l'âme tourmentée, François Boyenval, jusqu'alors essentiellement remarqué comme violoncelliste au sein de Nyss, groupe de black metal aux confins de la noise et de l'ambient. L'évocation de cet album nous a surtout permis de souligner la difficulté de décrire la musique façonnée par cet artiste exigeant qui signait là une partition autoritaire et gangreneuse, brutale dans son lucre sinistre, œuvre perturbante dont la lèpre malsaine ne l'exonérait toutefois pas d'un trouble pouvoir de fascination. Untitled II n'aidera pas à mieux cerner l'identité de cette entité si atypique. Pire, elle balaiera les maigres certitudes nourries à l'égard de son démiurge. Publié par Zero Cult Rec., le label du patron de Nyss, l'objet se présente comme un EP mais la durée des six plaintes (dont un bonus) qui le rongent ainsi que sa richesse de traits et d'ambiances en font une création à part entière et certainement pas anecdotique. Loin de témoigner d'un manque d'imagination, son nom, Untitled II, révèle au contraire l'univers aussi insaisissable que chaotique qu'il tisse et répand à la manière d'une brume grouillante. Cette absence de titre définit une forme de néant, de négation. D'inconnu. 

En cela, il inscrit dans sa chair, la signature de son auteur qui, toujours appuyé par Necropiss sans lequel ce méfait n'exhalerait pas la même haleine de décrépitude, n'aime rien moins que brouiller les repères habituels et cultiver le mystère, l'étrangeté d'un art dont lui seul semble posséder - peut-être - la clé. S'il ne reste rien (ou si peu) du black metal martial et torturé de la pénitence précédente, ce qui rend d'ailleurs sa découverte toute aussi dérangeante  car il nous perd dans un indicible abîme, ce nouvel opus porte pourtant incontestablement la griffe de son créateur qui ne se départit pas non plus de son goût pour les atmosphères glauques auxquelles participent ces arrangements osseux et pourrissants. Point vraiment de black metal dans cette peinture morbide, encore que certains rushs de guitares ('Krank V') et vocalises écorchées en incarnent les noirs stigmates ('Krank VII [18254]') mais un post punk maladif aux lignes squelettiques, hanté par une narration féminine ('Krank VI') comme échappée d'un film planté dans le décor sordide d'une urbanité austère et aliénante. Mais cette poésie pluvieuse égrenée par une six-cordes pointilliste se voit perturbée par des kystes masculins et des soundscapes bruitistes à l'image de ce 'Romance' d'une glaciale ironie. Sous le ressac à la fois fantomatique et vénéneux de ce Untitled II déprimant, on devine une dimension extrêmement personnelle, probablement cathartique, qui touche à l'intime de son auteur qui l'a élaboré dans ses moindres détails, tapis dans les cavités ténébreuses d'une âme mise à nu. Tableau désespéré  d'une (in)humanité froide et perdue, cet album est de ceux qui vous rongent longtemps après qu'ils aient craché leur dernier râle. (12.03.2022 | LHN) ⍖⍖⍖

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