9 novembre 2022

KröniK | Hangman's Chair - A Loner (2022)




Rares sont finalement les groupes qui parviennent à édifier un style qui n'appartient qu'à eux. Hangman's Chair fait incontestablement partie de ceux-ci. Ainsi, peu à peu, par petites touches, les Français ont façonné un rock singulier, bâti sur un lourd substrat doom/stoner (faussement) adouci par un chant expressif trempé dans la cold wave. Talent et personnalité finissent heureusement par payer, comme l'atteste l'alliance scellée entre le groupe et le puissant Nuclear Blast, collaboration qui lui permettra sans aucun doute d'accéder à un public plus large, mais qui s'avère malgré tout surprenante tant l'écurie allemande reste très marquée metal. Or justement, plus les années passent et les albums avec, et plus Hangman's Chair semble vouloir se détacher de son socle de béton pour errer quelque part à la périphérie maussade d'un rock plus gothic que metal comme l'illustre A Loner dont Type O Negative voire le Paradise Lost le plus décrié, celui de Host (1999), ne sont parfois pas loin. Ce partenariat commercialement juteux n'a cependant pas vidé les Franciliens de leur moelle cafardeuse comme le suggère le titre de leur sixième album, évocateur de ce mal insidieux qui ronge nos sociétés modernes de plus en plus connectées, ouvertes et qui en même temps laisse de plus en plus de gens sur la route, isolés, bannis, bois mort invisible rejeté dans les replis grisâtres d'une urbanité désincarnée. 

Nous avions donc quitté le combo englué dans ces banlieues tristes parisiennes représentées par Alain Corneau dans "Série Noire" (1979) et dans "Le choix des Armes" (1981), nous le retrouvons presque quatre ans plus tard fouillant les alvéoles d'une solitude toute aussi urbaine comme échappée d'un film de Gaspard Noé. D'ailleurs, comme toujours, la musique de Hangman's Chair se coule parfaitement dans l'univers cinématographique. Glauque, déprimant et réaliste évidemment, ce dont témoignent les clips très réussis illustrant 'Cold &Distant' (avec Béatrice Dalle) et plus encore 'Loner', documentaire qui creuse dans la chair et dans l'âme de poignants stigmates. Le quatuor ne va donc toujours pas mieux. Sa mélancolie poisseuse trouve tout d'abord dans 'An Ode To Breakdown' puis le déjà cité 'Cold & Distant' le réservoir pesant pour exprimer sa prégnante douleur. Manière de rassurer l'auditeur avec des riffs coulés dans le bitume qui irriguent une entame aux coutures métalliques. Mais à partir de 'Who Wants To Die Old' que domine la voix tragique et aérienne de Cédric Toufouti, l'album paraît vouloir emprunter un autre chemin, moins sludge et plus cold wave même s'il reste toujours quelque chose des lourdes et froides racines de ses géniteurs. Et que dire de 'Storm Resounds' dont les traits intimistes sont toutefois soulignés par ces guitares déglinguées reconnaissables entre mille. Plus son menu se dévide et plus le rythme s'embourbe dans une lenteur aussi hypnotique que morose ('Supreme' aux accents parfois presque post rock), maraudant dans une pop délavée ('Loner', 'Second Wind'). Comme il l'avait fait sur Banlieue triste, le groupe achève sa course avec une composition qui gravite autour des dix minutes mais cette fois-ci sans s'étirer inutilement. 'A Thousand Miles Away' est la somme de tout ce qui l'a précédé, peinture vaporeuse et percluse tout ensemble grâce à laquelle l'opus meurt sur une note amère et insaisissable. De moins en moins doom sans pour autant diluer sa mélancolie froide et tenace, Hangman's Chair continue de tracer sa route avec A Loner, sillonnant les failles cicatricielles d'une société en perdition... (30.01.2022 | MW) ⍖⍖⍖

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