19 octobre 2022

KröniK | Verdun & Old Iron - Split (2021)




Deux ans après nous avoir assommé (dans le bon sens du terme, s'entend) avec Astral Sabbath, Verdun revient cogner à notre porte mais la rondelle qu'il a glissé entre les jambes n'est pas son troisième album mais le fruit d'une alliance scellée avec un groupe américain, Old Iron, sur lequel nous reviendrons plus loin. L'exercice du split est nouveau pour les Montpelliérains mais ils se prêtent à cet affrontement teigneux avec leur puissance mazoutée et leur verbe noyé au Destop habituels. L'objet épouse la silhouette massive d'un vinyle - seul format possible pour répandre cette semence ferrugineuse - édité par le label de Damien Luce (Salò, entre autres), Cold Dark Matter Records (Uncrowned, Cult Of Occult...), deux bonnes raisons supplémentaires pour s'enfiler cette épaisse ration de doom encrassé de sludge. Verdun lance les hostilités et non sans surprises. De loin, 'Narconaut' parait être taillé dans la même écorce que les compositions les plus récents vomies par les Français mais plusieurs détails viennent polluer cette image. Ses premières mesures que mine une beauté aussi obscure que désespérée, une ambiance brutalement dramatique et ces guitares qui sculptent un inexorable désenchantement participent à l'érection d'une agonie suffocante, à la fois coutumière des Occitans tout en étant davantage portée par les atmosphères, aussi crépusculaires soient-elles. 

La (ré)interprétation pour le moins personnelle du 'Dawn Of The Angry' de Morbid Angel (extrait de Domination) étonne encore plus, reprise mutante et méconnaissable, transformée en bourbier ultra pesant et en français ! L'apport conjoint de Said Merqi à la guitare et de Benjamin Hameau qui l'enkyste de coutures noise, contribuent à un résultat aussi effrayant que l'original, différente dans la forme mais la noirceur brutale du fond, intacte. Face B, Old Iron déverse lui aussi deux titres, plus classiques dans leur approche mais non moins écrasants et furieux. Auteurs d'une doublette en tous points recommandables (Cordyceps en 2014 puis Lupus Metallorum trois ans plus tard), les Américains nous rappellent qu'ils sont de solides artisans d'un sludge pachydermique quoique énervé ('Planetisimal') et parfois poissé d'une tristesse sourde aux confins d'un post metal blafard  ('Strix'). Tous les invariants sont alignés comme des pinces à linge sur un fil, des vocalises bourrues aux guitares coulées dans une aciérie sinistre pour une somme de béton et d'émotions rocailleuses. Orné d'un superbe visuel que signe d'ailleurs l'un des trois américains, ce split entre Verdun et Old Iron s'impose comme une collaboration aussi indispensable que naturelle tant les deux protagonistes rivalisent en puissance de feu tellurique et dramatique, d'une façon certes différente mais complémentaire. (15.01.2022 | LHN) ⍖⍖⍖

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