1 août 2022

KröniK | Tigerleech - Melancholy Bridge (2021)




Deux ans après un The Edge Of The End de solide mémoire bien qu'il manquait quelque peu de nuances mais grâce auquel nous avions fait sa rencontre, Tigerleech revient aujourd'hui avec sous ses bras velus un Melancholy Bridge qui ne rigole pas. Pour ceux qui auraient rater l'épisode précédant, sachez que les Parisiens maraudent quelque part entre le stoner bourru et le sludge malsain, le tout salopé par un épais cambouis hardcore. Ca sent l'alcool frelaté et le béton de banlieues sinistres. Ce deuxième uppercut ne dévie pas la route creusée par le quatuor mais il la travaille à la manière d'un matériau robuste, la peaufine sans pour autant la polir. Premier constat à l'écoute de Melancholy Bridge, ses géniteurs ont tiré les leçons des (relatives) faiblesses qui jalonnaient son prédécesseur. Bien que toujours écrit à l'encre noire d'un désespoir bitumeux, l'album se révèle moins uniforme, sabré qu'il est par de multiples variations qui rendent sa défloration plus dynamique. Cette palette plurielle, qui additionne thrash façon rouleau-compresseur ('High Level Of Bullshit') et heavy mazouté ('The Messenger'), s'accompagne d'une écriture plus soignée également. Plus charnue surtout. 


Le morceau-titre, qui étire son atmosphère déglinguée sur plus de sept minutes aussi rampantes que sinueuses, témoigne des progrès réalisés et le solo de guitare qu'il accueille est sublime. Par sa lancinance faussement décontractée, il insiste par ailleurs sur le fait que Tigerleech s'est affranchi du stoner hargneux de ses débuts pour accoster des rivages certes toujours aussi teigneux et poissé d'une mélancolie vicieuse mais plus mouvants surtout. 'We Are Smart As We Are' ou 'Pieces Off Me' et ses relents de blues désarticulé serpentent ainsi dans les sinuosités d'un metal moderne tout court. L'ambiance est inquiétante, le socle terrassant ('Ode To The Elite'), le ton vindicatif, presque contestataire. Ce brûlot à la fois rageur et massif est glissé dans un fourreau ad hoc, plus compact que ne l'était celui enrobant The Edge Of The End pourtant déjà bien rugueux. Chaque instrument bouffe l'espace notamment la rythmique grosse comme des câbles à haute tension tandis que le chanteur encrasse le tout à la manière d'une bile infectée de noirceur. Melancholy Bridge fait mieux que transformer l'essai et confirme tout le bien qu'on pensait de Tigerleech qui ouvre les vannes d'une puissance décuplée et plus pesante et malsaine encore.. (23.11.2021 | LHN) ⍖⍖

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