19 juin 2022

KröniK | Porcupine Tree - Lightbulb Sun (2000)




Après une première partie de carrière tournée vers un rock progressif protéiforme, Porcupine Tree a entamé sa mue vers une musique plus accessible, plus commerciale diront certains avec l’album Signify en même temps que ce qui n’était à la base qu’un laboratoire en solitaire pour Steven Wilson tendait à devenir un véritable groupe. Dans le sillage de son déjà (comme toujours du reste, l’homme n’étant pas habitué de la médiocrité) excellent prédécesseur, Stupid Dream, Lightbulb Sun poursuit de fait l’évolution entamée depuis 1996 ; il accoste les rivages d’une espèce de pop progressive, musclée (l’introductif « Lightbulb Sun », propulsé par des guitares énormes en témoigne) et constamment minée par le désenchantement propre à son auteur (la ritournelle « How Is Your Life Today », quasiment chanté a cappella par moment). Les longues dérives planantes façon Pink Floyd remisées au grenier – élégant et aérien, « Russia On Ice » est réellement le seul titre du lot à afficher les oripeaux du passé progressif de la formation -,  c’est, pour Wilson, la mélodie et son impact qui doivent désormais primer sur la virtuosité et la technicité. Ecrire de vraies chansons, courtes et parfaitement construites (ce qui est sans doute aussi difficile, voire plus, que de pondre à la chaîne des titres sans fin), à l’instar des Beatles, la référence dans ce genre d’exercice et dont l’influence drape nombre de compositions de cet opus  tel est le but avoué qui préside maintenant la ligne artistique de Porcupine Tree. 

Mission réussie car Wilson est passé maître dans l’art de composer de véritables tubes, dont le plus évident reste « Four Chords That Made A Million ». Mais pour être (faussement) simples et immédiatement accrocheuses, ces chansons n’en demeurent pas moins élaborées tel un travail d’orfèvre. Surtout, elles sont portées par des musiciens dont la technique (mâtin, quel son de basse !) bien qu’impressionnante, ne bave jamais ni n’étouffe l’émotion et le feeling qu’enveloppent ces petites merveilles d’équilibre ; à l’image du guitariste, seul vrai maître à bord après Dieu, qui cisèle ses lignes sans pour autant envahir l’espace comme il a pu le faire autrefois. Œuvre magique, Lightbulb Sun se révèle d’une richesse qui ne se dévoile que peu à peu. Ecoutez le puissant « Shesmovedon », l’atmosphérique « Last Chance To Evacuate Planet Earth Before It Is reclyded » et sa rythmique groovy, « The Rest Will Flow » que soulignent des orchestrations discrètes, le grandiose « Hatesong », fusion parfaite entre musique progressive et mélopée pop et dont le ton se durcit en son milieu, pour vous en convaincre. Sans oublier les poignants « Where We Would Be » et « Feel So Low », perles diaphanes belles comme un chat qui dort et bien entendu l’Everest de l’album, le monumental « Russia On Ice » et ses 13 minutes au compteur. En dépit de sa réussite, Lightbulb Sun incarne pourtant la fin d’un chapitre pour Porcupine Tree car ses successeurs plongeront dans des eaux beaucoup plus métalliques. L’expérience de Wilson en tant que producteur d’Opeth  explique peut-être cette évolution vers des tonalité bien plus dures et un retour vers les terres progressives. (08/08/08) ⍖⍖⍖

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