30 mai 2022

KröniK | Nothing But Real - S/T (2020)




C'est avec beaucoup de retard que ce premier effort de Nothing But Real se frotte à nous puisque sa défloration par nos (pas si) chastes oreilles survient plus d'un an après sa publication ! Pourquoi dès lors parler d'une rondelle qui ne fait plus vraiment l'actualité ? Parce que cette jeune pousse parisienne le mérite. Et sa carte de visite aussi. 

Mais surtout le quatuor embarque une chanteuse, ce qui n'est évidemment jamais pour nous déplaire mais Hanta n'incarne pas trop la poupée gothico éthérée que le public métallique a l'habitude de suçoter, tigresse au registre versatile autant à l'aise dans du velours ('We Are Nothing But Real') que dans les tranchées d'un terrain vague ('Angels Cry' où elle passe de la folie à la rage). Cette vaste palette vocale donne le ton d'un premier album dont les influences et colorations sont conjuguées au pluriel. Et au plus que parfait. 

Etiquette grossière et facile qui ne veut rien dire, Rock/metal affuble le son forgé par un groupe en vérité inféodé à aucun courant, à aucune chapelle. Au moins cette catégorie possède le mérite de souligner la modernité accouplée à du gros qui tâche (parfois) d'un ensemble qui pourra séduire l'amoureux de féminité électrique à l'américaine ('Crisis') mais aussi le rebuter par sa fièvre déglinguée aux confins d'un hip-hop vicieux et sautillant ('Insanity'). Une espèce de démence prolifératrice ronge tout du long ce premier opus qui agit comme le miroir d'un monde contemporain anxiogène dont les fléaux ont quelque de chose d'un cancer. 

Connecté à cette réalité maladive, le combo dénonce les violences conjugales ('My Daemon' et son refrain aussi entêtant que venimeux), les ravages occasionnés par les réseaux sociaux ('Angels Cry') ou se montre carrément vindicatif 'We Are Nothing But Real'). Il puise dans les mangas, BDs et films, le terreau de cet univers sombre et déjanté dont il ausculte diverses formes de brutalités sociales. Musicalement, les Français ne manquent ni d'idées ni d'énergie, bâtissant des compositions dont la force charpentée laisse glisser de subtiles arrangements (le très beau 'Crisis') et autres échappées instrumentales ('Sundown') tandis que d'agressives éruptions masculines viennent épauler la voie puissante de Hanta dans cette peinture sans fard que caresse toutefois une vague lumière d'espoir. 

D'une richesse trapue, aussi bien visuelle que conceptuelle, ce galop d'essai effeuille un groupe aussi doué qu'attachant auquel il ne semble pas trop risqué de prédire un brillant avenir... (11.10.2021 | LHN) ⍖⍖

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire