7 mars 2022

KröniK | Devolution - Consumer (2021)




Nouveau projet dont Consumer est le premier signe de mort, Devolution vient rappeler, si besoin en était encore, la richesse de notre terroir en matière de musiques sombres et extrêmes. A l'origine du groupe, nous retrouvons Clément Roig, repéré chez Antropofago, Mysticisme, Opprobre et Sunnudarg où il y assure essentiellement la guitare ou la batterie. Voilà donc un artisan complet que n'effraient ni le death metal ni le black, deux genres que Devolution lui permet justement d'hybrider. Désormais épaulé par trois autres gaillards, Clément réalise néanmoins seul ce galop d'essai dont il remplit tous les compartiments, de l'exécution à la production en passant par les textes. 

S'il gagnerait sans doute à recruter un chanteur plus expérimenté sinon doté d'un organe plus versatile, l'homme impressionne par son insolente habileté technique, accouchant d'un effort qui ne souffre d'aucune véritable faiblesse. Jamais la sensation d'avoir affaire à un travail solitaire ne s'immisce durant une écoute aussi intense qu'épuisante. Epuisante car le Français ne cherche pas la facilité, au contraire, il semble la fuir, préférant se faufiler dans des chemins de traverse et empiler les strates plutôt que de foncer pied au plancher de façon directe. Etiquetée death black, ceux qui espèrent sucer dans cette offrande une violence nucléaire et bas du front en seront donc pour leur frais. 

Ce qui ne signifie absolument pas que toute forme de brutalité en ait été éconduite, ça bétonne même sévère ('Le poids du jugement'). Mais le fruit de la copulation entre ces deux genres pas toujours si éloignés l'un de l'autre dicte au multi-instrumentiste un ensemble  d'une puissante complexité, puisant dans le death une densité étouffante et dans le black cette sève épique et crépusculaire. De cette créature menaçante s'écoule pourtant un tenace jus mélodique, à l'image du superbe 'Vestiges' dont les traits ensorcelants s'additionnent à de nombreux changements de rythmes. Car Clément réussit toujours à aérer son propos pourtant extrêmement chargé, là par des jaillissements de guitares ('Deliquescence'), ici par des ambiances plus ténébreuses ('Aux portes du vide') ou en dressant encore une forteresse cyclopéenne contre laquelle se fracassent des assauts millimétrés tel que ce 'Au crépuscule de l'éternité qui empreinte autant au death technique qu'au black metal le plus venteux. 

Golem aux multiples visages dont la pensée est parfois difficile à suivre, Devolution n'en offre pas moins une expression aussi singulière qu'audacieuse en cela qu'il n'emprunte jamais la route qu'on imagine lui voir prendre et qu'il ne redoute pas d'accoupler technicité alambiquée et dramaturgie obscure dans le creuset de mélodies à la fois acérées et lumineuses, traditionnelles et modernes. Fort de ce premier jet prometteur et d'un line-up enrichi, Devolution pose les bases solides d'une identité forte dont on devine un potentiel encore à peine défloré.  (11.07.2021 | LHN) ⍖⍖

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