5 décembre 2021

KröniK | Opeth - Blackwater Park (2001)




Depuis son premier effort en 1995, Opeth n'a eu de cesse de creuser le même sillon entamé avec Orchid, à travailler son style, à le polir comme un sculpteur le ferait avec son œuvre de glaise ou de pierre. Fort d'un potentiel énorme, il semblait évident que le groupe ne tarderait pas à concrétiser tous les espoirs que beaucoup ont placé en lui. Blackwater Park est la récompense à cette attente. Aidé de Steven Wilson, cerveau de Porcupine Tree, dont la présence sur cet album en tant que producteur peut paraître surprenante eu égard à la musique à laquelle il est rattaché habituellement, les Suédois proposent ce qu'il est permis d'appeler ni plus ni moins un chef-d'œuvre. Chef-d'œuvre de complexité, chef-d'œuvre d'émotion(s), cette cinquième offrande, traversée de nombreuses fulgurances, est comme un écrin abritant huit joyaux qui naviguent, comme d'habitude entre 7 et 11 minutes (à l'exception d'un court instrumental), admirablement ciselés, pensés et exécutés. 

Le groupe commence fort avec "The Leper Affinity" qui vous entraîne d'entrée de jeu dans un tourbillon de violence et d'ambiances sombres, racées et belles à la fois. De son architecture, proche du foisonnement labyrinthique, qui repose sur de brusques ruptures de rythmes, oscillant entre death furieux et pauses atmosphériques aux rugissements de gargouilles de Mikael Akerfeldt , ce titre est typique du style façonné par Opeth ; mais très vite, on prend conscience que celui-ci est littéralement transcendé et atteint enfin toute son ampleur et sa démesure. "Bleak" confirme cette impression avec sa montée en puissance progressive avant le cataclysme final. Il est impossible de ne pas percevoir dans ce chant clair enfin maîtrisé, ce long passage délicat, posé, bouleversant qui illuminent ce morceau, tout comme la richesse des arrangements (au piano notamment), le fantôme de Wilson. 


Magicien de génie, l'Anglais est parvenu à extraire de leur gangue tous ces éléments déjà présents sur les précédents albums des Scandinaves, mais qui attendaient une main démiurgique pour se déployer totalement.  Après le diaphane "Harvest", sorte de ballade à la sauce Opeth, le vertigineux "The Drapery Falls" atteint de nouveaux sommets, tandis que le déchirant "Dirge For November" enfonce encore un peu plus le clou avec sa partie centrale tellurique qu'encadrent deux échappées quasi acoustiques et contemplatives de toute beauté. 

Car, à n'en pas douter, il y a de la beauté dans cette musique qui sait si bien jouer du contraste entre brutalité contenue et calme raffiné. Moins dépressif que le doom, moins misérabiliste que le gothic de caniveau, l'art d'Opeth suinte une émotion simple et touchante, que distillent les moments de respirations dont le groupe parsème toujours ses créations, à l'image du morceau-titre, apothéose terminale et démentielle d'un monument de noirceur et de tristesse. 

Sans minimiser le talent du groupe, il est évident que l'apport de Steven Wilson est pour beaucoup dans la réussite de Blackwater Park, qui va permettre enfin aux Suédois de l'extraire de l'ornière de l'underground, en même temps qu'il va ouvrir l'horizon du musicien-producteur au monde de metal, comme l'illustreront les futurs disques de Porcupine Tree. (30.03.2007) ⍖⍖⍖⍖

 

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