25 novembre 2021

KröniK | Conviction - S/T (2021)




Conviction s'est enfin décidé à graver sa première enclume. Nous l'attentions depuis tellement longtemps, fruit de la rencontre entre un pilier de la scène black metal (Olivier Verron, plus connu sous le sobriquet de Amduscias chez Temple Of Baal) et de dévoués prêtres de la chapelle doom (Frédéric Patte-Brasseur de Ataraxie et Vincent Buisson de Mourning Dawn mais aussi membre des disparus Bran Barr et Heol Telwen). A l'origine, Conviction se réduit pourtant au seul chanteur qui se charge de tous les instruments et sculpte une démo fondatrice en 2013 dont la quasi intégralité intègre ce tardif premier album. Il n'y manque que la reprise du 'Picture Of Home' de Deep Purple, aussi curieuse qu'habitée. Rejoint tout d'abord par le batteur Rachid Trabelsi (Moonskin, Corrosive Elements), par les deux doomeux ensuite, le projet se mue peu à peu en un véritable groupe, condition requise pour lui conférer toute l'ampleur qu'il mérite et enregistrer cet opus éponyme. 

Et inutile de tourner autour du pot plus longtemps, l'attente en valait le cierge ! Si l'aisance dont font logiquement preuve le guitariste et le bassiste qui ont le doom chevillé aux notes et pour lesquels le genre n'a plus de secret, n'étonne guère, voir en revanche le maître de cérémonie de Temple Of Baal se glisser sans heurts dans cette fente doloriste, surprend davantage et agréablement. A tel point qu'il semble prêcher depuis toujours. On lui découvre notamment un chant clair idéal pour déclamer ses psaumes engourdis. Quoique conforme au genre, sa voix est porteuse d'une solennité plaintive qui la distingue subtilement des autres organes contrits habituels ('Castles Made Of Shame'). Accrochée à une rythmique coulée dans le marbre le plus pur et des guitares assommantes engluées dans la tristesse la plus inexorable ('Wrong Life') tout ensemble, elle guide le pèlerin le long d'une procession aux allures de monumental Golgotha dont l'insolente authenticité impressionne elle aussi venant d'un musicien qu'on imaginait entièrement voué à l'art noir. 

Résultat, Conviction est un gemme taillé dans un doom traditionnel dont il nous livre une forme de concentré. Un titre comme 'Curse Of The Witch', au demeurant ravageur, ne doit pas vous tromper par ses attributs biberonnés au heavy metal, le reste de l'album ne passe jamais la seconde, prisonnier d'une geôle de béton. Oscillant en moyenne entre sept et onze minutes au garrot, la majorité des compos prennent leur temps pour inoculer leur tentaculaire mélancolie, poussant son paroxysme une lenteur pétrifiée que des accélérations étouffées ne peuvent jamais briser ('Voices Of The Dead'). Transpercé par des éclairs de guitares beaux à pleurer  ('Through The Window', 'Outworm'), l'œuvre n'en est pas moins enténébrée par des atmosphères caverneuses au fond desquelles sont tapies les racines extrêmes du groupe, à l'image de 'My Sanctuary' qui n'est pas sans évoquer le Cathedral époque Forest Of Equilibrium et dont le cri final est craché du fin des enfers. 

Tant pis si son menu , à l'exception d'une intro et de deux titres (sur huit), soit déjà connu car, outre le fait que la formation actuelle l'enrobe d'une envergure et d'une force que ses ébauches ne possédaient pas, Conviction se hisse d'emblée au niveau des meilleures offrandes de doom entendues depuis longtemps, à la fois orthodoxe mais plus personnelle qu'on ne le croit car œuvre de musiciens aussi sincères que chevronnés. Très occupés par leurs groupes respectifs, ces derniers accorderont-ils à ce projet l'implication et le dévouement qu'il réclame ? L'Histoire nous le dira...  (21.04.2021 | LHN) ⍖⍖⍖

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