23 août 2021

KröniK - Ulvegr - Isblod (2021)




Grâce - ou à cause - de Drudkh (notamment), nombreux sont ceux qui ont du black metal ukrainien l'image automnale d'un art plus atmosphérique que barbare quoique généralement drapé dans une brume neigeuse. Ulvegr tord le cou à ce stéréotype, venant nous rappeler que cette froide terre de l'Europe orientale est aussi sculptée par le tranchant de reliefs montagneux. Si les trois séminales offrandes forgées par le duo qu'animent depuis toujours Helg et Odalv, tous les deux membres de Ygg et anciens Khors (pour le premier) et Nokturnal Mortum (pour le second), nouaient des liens évidents avec l'expression mélancolique chère à Roman Saenko et plus encore avec leurs ports d'attache passés, Vargkult (2018) en a surpris plus d'un par la férocité haineuse bouillonnant dans son réacteur.  En moins de trente petites minutes d'une radicalité aussi glaciale que noueuse, le groupe balayait tel un fétu de paille, à la fois ses premiers pas et un Titahion : Kaos Manifest (2017) dont la qualité décevante masquait toutefois l'évolution brutale que son successeur entamerait. Sixième méfaits du tandem de Kharkiv, Isblod poursuivra-t-il cette descente abrupte et sans espoir de retour dans les replis cruels du black metal le plus abrasif et d'une violence définitive ? Sa courte durée semble tout d'abord le confirmer. Son titre aux couleurs rouge du sang également. 



De même enfin que la doublette qui le lance avec fureur. 'Jotuntre' puis 'Dodt Morkt' déboulent ainsi à cent à l'heure, emportés par un blizzard de fiel. Jamais la cadence ne débande, imprimée par deux musiciens à l'unisson et au diapason d'une brutalité que rien ne semble pouvoir - ni vouloir - freiner. On se prépare alors à devoir affronter tout du long un tabassage en règle, un équarrissage des muqueuses interrompus avec force blasts et vocalises torrentielles. La réalité est en fait plus nuancée. Ainsi déjà, et nonobstant la verge agressive qu'il tend, 'Varguld' braconne sur les terres sévères, aux ambiances tapies dans des crevasses obscures,  telles que les labourait un Hate Forest matriciel. Une même colère ourlée de désespoir coule dans les veines de cette composition dont les guitares percent des paysages épiques d'une beauté aussi noire que déchirante. Etirant sa froideur aussi granitique que reptilienne sur plus de huit minutes, le morceau qui donne son nom à l'album renoue de son côté avec les longs périples émaillant Where The Icecold Blood Storms ou The Call Of Glacial Emptiness. Par sa lenteur décapante, que corrige toutefois une puissante accélération en fin de parcours, 'Isblod' s'oppose au cadre abrasif et vierge de tout artifice ni affèterie édifié par les deux premières perforations. Mais comme son titre l'annonce, 'Dunkelstorm' vient congeler sur place ces velléités atmosphériques avant que l'instrumental 'Askevind' ne sonne le glas sur une note sinistre aux confins d'un ambient hivernal. Avec Isblod, Ulvegr réussit le syncrétisme entre la radicalité bouillonnante de Vargklut et la beauté mélancolique de ses débuts. Ce faisant, il signe un de ses efforts les plus inspirés qui lui assure de trôner plus que jamais au-dessus du black metal ukrainien qui peut difficilement faire mieux. (02.03.2021 | LHN) ⍖⍖⍖

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