30 août 2021

KröniK | Nawather - Kenz Illusion (2021)




Au risque de se répéter, les groupes venus du Maghreb qui viennent chatouiller nos oreilles ne sont pas si fréquents pour que nous nous attardions un moment lorsque nous en croisons un. La Tunisie, puisque c'est ce pays que cette chronique évoquera, n'est pourtant pas avare en hordes métalliques, que l'on songe à Myrath, Ommination, Ymyrgar ou Vielikan, pour n'en citer que quelques unes. A cette courte liste se greffe également Nawather, responsable il y a cinq ans déjà d'un Wasted Years d'agréable mémoire, galop d'essai déroulant, non sans une réussite modeste mais chaleureuse, un metal progressif serti d'arabesques orientales et gainé de chant féminin auquel s'opposent des éruptions death masculines. Deuxième offrande que nous n'espérions presque plus, Kenz Illusion surgit enfin du désert. Son écoute impose un premier constat : les Tunisiens ont particulièrement soigné leur retour, confiant notamment mixage et mastering au célèbre Fredrik Nordström. Clair et puissant, laissant chaque instrument, chaque organe vocal, épouser l'espace alloué, l'enrobage sonore sert d'écrin à une partition à la fois sophistiquée et orageuse. L'alternance entre la voix ensorcelante de Ryma Nakkash, dont la beauté n'a d'égale que la force expressive de ses interventions, et les morsures rugueuses et appuyées de Wajdi Manai nourrit évidemment cette ambivalence en une formule éprouvée mais toujours redoutablement efficace. 




Reconnaissons alors que dans ce créneau hérité du gothic metal des années 90, le duo impressionne tout du long tant les deux partenaires se répondent avec justesse et harmonie. Derrière eux, les autres musiciens dessinent un paysage qui n'est pas sans rappeler Orphaned Land ('Yamira', 'The Winter Ensemble'), la référence obligée en matière de metal technique et orientalisant. Lignes de guitares d'une pureté d'airain, violons et instruments traditionnels tel que le Kanoun participent de cette influence. Mais loin du simple artifice, ces racines tant culturelles que géographiques forment l'humus voluptueux de compositions d'une séduisante inspiration, parfois lascives ('The Wind Of Death') ou plus agressives à l'image de 'Immortal Greed' irrigué cette fois-ci par la sève hargneuse de Wajdi que drape toutefois le voile évanescent de la chanteuse. Mais l'ensemble dresse toujours de puissant remparts comme l'illustre le grandiose et racé 'Kings Cards', pinacle d'un menu qui, après un début sympathique gagne en peu à peu en intérêt lors d'une seconde partie enveloppante et fortement évocatrice d'un voyage où se mêlent magie lumineuse et obscurité rocailleuse. Kenz Illusion est un bel ouvrage où les influences orientales se fondent dans un metal évolutif noirci d'atours death mis au service d'une écriture aussi élégante et affûté. Une charmante découverte pour ceux qui ne connaitraient pas déjà Nawather et une confirmation pour les fidèles de cette très solide formation tunisienne. (08.03.2021 | LHN) ⍖⍖

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