30 juillet 2020

Cóndor | El Valle Del Cóndor (2018)




Cóndor, c'est d'abord tout un univers visuel fait de pochettes à l'ancienne, habillées de chouettes dessins, souvent réalisés par Helena La Rota López. Mais c'est aussi le charme de ces petits artisans venus d'Amérique latine, assurance d'un son authentique sinon dépouillé. C'est surtout un death doom irrigué par des influences heavy metal ancré dans une histoire précolombienne et une géographie montagneuse.

Depuis 2013, année qui a vu naître le groupe, ce ne sont pas moins de quatre offrandes qui ont coulé sous les ponts dont la dernière d'entre elles, "El Valle Del Cóndor", qui scelle par ailleurs une alliance avec La Caverna Records. Si elle est susceptible de faire fuir les amateurs de fuselage sonore policé, son exécution très roots participe pourtant de ce doom caverneux qui se doit de converser une expression granitique un peu primitive dans l'intimité de laquelle s'écoule sa sève morne et mélancolique. De même, le chant du guitariste Antonio Espinosa Holguin pourra sembler maladroit aux oreilles de certains mais là encore, celui-ci s'inscrit parfaitement dans l'approche à la fois underground et rustique retenue par les Colombiens qui, à la puissance d'une musique raffinée préfèrent ainsi la sincérité d'une partition old school. Les textes en espagnol apportent enfin une coloration ensoleillée et folklorique à un ensemble enraciné dans sa terre natale.

Ce quatrième album est d'ailleurs conçu comme un voyage à travers l'histoire colombienne résumée en quelques moments importants. Il en résulte une œuvre au souffle épique, construite dans la roche de reliefs accidentés. Encadré par un prologue instrumental aux belles harmonies de guitares et une conclusion acoustique irradiante d'une triste lumière,  "El Valle Del Cóndor" flagelle les parois d'un death doom rocailleux auquel des racines heavy pigmentent d'un grain nerveusement mélodique, à l'image de 'La Cuchilla Del Tambo'. Le menu galope à travers les chemins escarpés de montagnes andines nimbés de légendes. Les guitares biberonnées au metal des années 70 et 80 nous guident dans ce récit que des vocalises hurlées se chargent d'en noircir les recoins ('Santa Rosa De Osos'). Des lueurs dramatiques enduisent certaines compositions comme en témoignent 'Gudrun' et sa trame abrupte ou bien ce 'Aw'tha' chargé d'amertume.

Tertre d'un doom death sculpté dans une souche heavy metal, "El Valle Del Cóndor" est un album étonnant gravé dans un déterminisme géographique et dont les maladresses nourrissent le charme de l'authenticité. (20.04.2020 | LHN) ⍖⍖


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