1 avril 2020

Profetus | The Sadness Of Time Passing (2019)




Nous l'aurons attendu longtemps cette troisième marche funèbre des Finlandais ! Sept (trop) longues années, tunnel interminable cependant brisé en 2014 par "As All Seasons Die", certes simple EP sur le papier mais qui, du haut de ses trente-six minutes, pourrait passé pour un album à part entière chez n'importe quel autre groupe. Mais quand on pratique du doom, perdu quelque part au pays des mille lacs, il n'est pas possible de concevoir un disque qui ne dépasse pas l'heure de musique. Souvenez-vous déjà du taquin Reverend Bizarre et de son EP "Harbinger Of Metal" long de plus de 70 minutes ! A fortiori quand on arbore la robe de bure d'un flagellant qui conjugue le genre à la forme la plus funéraire, comme c'est le cas de Profetus qui reste aujourd'hui, faute de prétendants, le dernier grand pourvoyeur de ce funeral doom à la finlandaise, véritable AOC et promesse d'un voyage sans fin dans les limbes gelées de la mort. Guère plus entreprenants, Shape Of Despair ou Tyranny n'ont rien enfanté non plus depuis cinq ans. C'est dire si "The Sadness Of Time Passing" vient combler un vide immense. De Tyranny, on retrouve d'ailleurs celui qui en est l'âme, Matti Mäkelä, ainsi que Ansi Mäkinen, dernier membre historique de Profetus. Deux esthètes de la douleur passés maître en peinture funèbre, bâtisseurs de cathédrales immenses qui semblent abriter toute la tristesse du monde, tous les regrets d'une vie misérable engluée dans l'attente de la faucheuse. Comparé à Tyranny dont l'art possède des allures de bathyscaphe s'abîmant dans les profondeurs des fosses Marianne, le doom tissé par Profetus se veut plus accessible (tout est relatif) en cela qu'il creuse des puits de beauté dans ces territoires figés par l'hiver et léché par une nuit éternelle.



Etirant un suaire fantomatique, le successeur de "To Open The Passage In Dusk" offre une leçon d'un genre très codifié, à l'image du morceau éponyme qui en livre une synthèse et résume la signature du groupe, à la fois liturgique, ténébreuse et engourdie . Durant plus d'une heure, l'opus tricote des plaintes blafardes dont le format dilaté (entre dix et seize minutes en moyenne) leur confère l'apparence de processions pétrifiées. Gisants aux dimensions monumentales, ces cinq compos semblent être peu à peu englouties par une inexorable dépression, captant toute la tristesse ressentie lorsque la mort survient pour emporter ceux que l'on aime. Chez les Finlandais, l'orgue, omniprésent, a quelque chose d'un linceul tandis que le chant résonne comme un appel venu des limbes. Et quand une voix féminine spectrale surgit comme une lumière venue du ciel ('Northern Crown'), on ne peut que s'abandonner. Eternellement. Défilé immobile, 'Tiarnia' parait ne jamais vouloir s'achever, long râle brodé par des musiciens à l'unisson d'une langueur mortuaire qui referme les portes de ce caveau désolé. Avec "The Sadness Of Time Passing", Profetus a forgé une pierre angulaire du funeral doom dont la beauté livide est imbibée d'un éther funèbre. On peut regretter que les Finlandais ne se montrent pas plus prolixes mais si ces longs silences leur sont nécessaires pour enfanter de tels monuments, on peut que leur pardonner... (19.01.2020)

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