29 mars 2020

Kloct | Years Of Silence (2020)




Quand il ne malmène pas ses fûts chez quelques unes des meilleures lames du black français, de Caïnan Dawn à Maieutiste en passant par Allobrogia ou ne vocifère pas comme une bête en rut entre South Of Hell et les Ohio Slamboys (où il cogne dur également), Kloct trouve parfois le temps de biner son jardin secret, lequel porte naturellement son nom. Telle une pieuvre, il s'y charge de tout, que ce soit devant ou derrière la console. Une palette aussi complète impose le respect mais n'est pourtant pas toujours un gage de qualité car au rayon des  one-man bands, les médiocres sont aussi (voire plus) nombreux que les artistes talentueux. Du coup, nous avons appris à nous méfier de ces projets reclus qui confondent trop souvent amateurisme et artisanat. Rien de tout cela bien entendu chez Kloct dont l'exigence coutumière détermine des créations desquelles maladresse et approximation sont totalement éconduites. Ses premiers pas entamés depuis 2013, l'avaient déjà illustré mais Years Of Silence, grâce auquel nombreux sont ceux qui le découvriront peut-être, impressionne encore davantage, réceptacle d'un art multidimensionnel tant dans le fond que dans la forme. Que ce quatrième album ouvre un large espace pour que la batterie du maître de cérémonie puisse s'exprimer, ne surprend pas (A Vision Of Harmony). Son jeu est un régal et on ne se lasse pas de goûter à sa frappe mangeuse d'horizons (Solitude Of The Hermit). La variété de son chant et la beauté de ses lignes de guitare, étonnent peut-être plus en revanche car nous ne l'attendions pas à un tel degré de finesse à l'image de A New Home, sentinelle imbibée de tristesse dont les murs abritent un black protéiforme, véloce parfois, atmosphérique aussi, mélodique toujours. De fait, il est bien difficile de ranger Kloct dans une case bien précise tant le matériau qu'il pétrit déborde les frontières. C'est très bien ainsi. Rangés à l'intérieur de trois segments (Rupture, Connection et Renaissance), ces neufs morceaux galopent avec une emphase épique à travers un vaste territoire aux reliefs escarpés, dévidant les étapes d'un passionnant voyage qui démarre sur les chapeaux de roues avec le torrentiel Time For A Change et s'achève sur A Wolf, A Deer And A Howl, conclusion instrumentale embuée par la solitude et nourri d'un humus burzumien. Tout du long, Years Of Silence suinte en réalité une mélancolie qui fait donc parfois plus qu'affleurer à la surface (Month Of Travel), faisant de lui un périple intérieur. D'où cette dimension à la fois immersive et par moment quasi méditative qui enrobe cet album extrêmement personnel et scintillant de  lueurs cosmiques. Nous ne pouvons que vous inviter à découvrir Kloct, géniteur avec cette quatrième exploration, d'une excursion solitaire d'une belle richesse tant mélodique que conceptuelle. (25.01.2020 | La Horde Noire)

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