14 juin 2016

Day Before Us | Crystal Sighs Of A Broken Universe (2015)


D'une certaine manière, le très beau visuel qui l'habille suffirait presque à décrire "Crystal Sighs Of A Broken Universe", à en capter l'essence,  illustration d'une sombre épure où se découpe au fond d'un corridor une silhouette féminine jouant du violoncelle et donc indice précieux quant à la teneur mélancolique d'une oeuvre dont elle se veut l'écrin. Jardin secret de Philippe Blache, Day Before Us esquisse un art dont les pinceaux trempent dans l'encre noire du désespoir le plus profond. Le plus beau également. Quelques mois après avoir déjà enfanté le superbe EP "Child Of A New Light", l'homme est de retour avec un troisième album longue durée, recueil aussi introspectif que sinistre, de dix complaintes entre musique classique contemporaine et sonorités éthérées. De nouveau associé à la chanteuse Effrosyni Papamichalopoulou qui en a écrit les textes, le maître des lieux parvient toujours à toucher l'âme autant que le coeur, tressant une trame d'un minimalisme absolu et admirable. Quelques notes d'un piano fantomatique, de pales et spectrales mélopées et de squelettiques arrangements qui ont quelque de chose de fragiles linceuls,  lui suffisent ainsi pour faire suinter de ces courts tableaux une tristesse immense, d'une noblesse quasi sacrée, à des années-lumière de pleurs misérables. Il y a là une forme de grandeur qui rend l'album autant délicat que toujours juste dans son ton et dans ses traits chargés d'une atmosphère mortuaire. Avec peu, il nous invite à un voyage désenchanté d'une beauté déchirante. Entamé avec le funéraire 'Along The Innermost Aisle', l'opus se parcourt comme un récit dont chaque plainte est un chapitre en un tout indivisible qui s'éteint avec 'Toward The Eternal Home', conclusion décharnée d'une écoute qui ne peut s'achever que par la mort. Malgré cette voix féminine hantée bien que sombrement romantique qui tient davantage du souffle perçant les limbes que du simple chant, "Crystal Sighs Of A Broken Universe" possède une forte dimension instrumentale, qui lui confère les allures d'une bande-son funèbre ('The Ballad Of Leonore'). De ses plaintes à la beauté lugubre, suinte une sève émotionnelle, plongeant l'écoute dans une contrition douloureuse. De fait, l'opus révèle une rare capacité à purifier celui qui le pénètre, en une froide élévation spirituelle. Day before Us est une création précieuse que nous ne saurions trop vous conseiller de découvrir... 4/5 (2016)


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