11 février 2016

Sunset In The 12th House | Mozaic (2015)


Nonobstant les qualités de ses deux dernières offrandes, "Vîrstele pămîntului" et dans une moindre mesure, "Tău", publiées respectivement en 2010 et 2015, force est pourtant d'admettre que Negură Bunget ne s'est jamais vraiment remis du départ en 2009 de Hupogrammos et Sol Faur qui en incarnaient l'incontestable âme, avec Negru, dernier membre historique à tenir ses rênes.  Si avec Dordeduh, le projet qu'ils ont fondé par la suite, les deux démissionnaires n'ont pas encore réussi à enfanter d'un album aussi brillant que "Om", quatrième escapade de leur ancien port d'attache dont on peut penser qu'il restera à jamais leur chef-d'oeuvre, "Mozaic", essai séminal de Sunset In The 12th House, leur deuxième progéniture née après leur départ, devrait par contre trôner parmi leurs plus belles créations. Formé en 2011 autour de tous les membres de Dordeduh, cela faisait donc longtemps que nous attendions le premier signe de vie de ce groupe mystérieux. De son énigmatique visuel à son titre qui résonne comme la promesse d'un voyage diverifié et coloré, cet opus porte l'évidente griffe de ses auteurs, fidèles à un art mystique et terreux, quand bien même il n'arpente pas les mêmes terres noires, encore qu'il partage avec ses aînés une approche sombrement folklorique et tribale identique, témoin ce 'Desert's Eschaton', constellé de teintes orientales, périple pulsatif d'une envoûtante beauté qui n'est parfois pas sans évoquer Orphaned Land. Bien qu'un socle lourd affleure parfois, lors de certains passages zébrant 'Paraphernalia Of Sublimation', par ailleurs l'un des titres les plus progressifs du lot, "Mozaic" déambule à travers un vaste espace atmosphérique aux confins d'un post-rock forestier dont il épouse la forme uniquement instrumentale et le goût pour les pistes aux dimensions étirées. Du haut de ses six titres en près d'une heure de musique (presque) vierge de chant (quelques vocalises se font entendre par moments), l'ensemble aurait pu aisément sombrer dans l'ennui. Ce n'est bien entendu pas le cas, grâce au talent de ces musiciens habités et plus inspirés que jamais, (re)trouvant même dans ce substrat évolutif le souffle épique et cette sève chamanique évaporés depuis presque dix ans. Curieusement, le menu s'ouvre sur deux sentinelles oscillant entre dix et quinze minutes, œuvres monumentales aux racines à la fois noueuses et pleines d'une majesté séculaire. Si la première, 'Seven Insignia' a des allures d'expédition traversée de multiples ambiances, 'Arctic Cascades' se veut plus légère, guidée par des lignes squelettiques qui se muent en sustain vaporeux. Tout aussi curieusement, l'écoute s'achève sur deux morceaux (relativement) plus courts et très différents l'un de l'autre, lesquels ne sont d'ailleurs pas les plus réussis, brisant un peu l'intensité émotionnelle qui régnait jusque-là. Il s'agit tout d'abord de 'Ethereal Consonance', lente élévation que hantent des chœurs masculins, puis c'est au tour de 'Rejuvenation', conclusion qui étonne par sa dureté de traits. Amputé de ces deux morceaux, au demeurant de bonne facture, "Mozaic" aurait été un chef-d'œuvre, ce qu'il n'est donc pas mais de peu. Reste au final un joyau noir et ce que Hupogrammos et Sol Faur ont créé de plus fort depuis le "Om" de Negură Bunget. Ils transcendent le post rock pour accoucher au final d'un édifice qui n'appartient qu'à eux, aussi tribal que boisé. (2015)


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