16 novembre 2009

KröniK | Katatonia - Night Is The New Day (2009)




Silhouette funéraire d'une beauté glaciale durant ces prémices, Katatonia s'est peu à peu éloigné du cimetière, aidé en cela par un line-up stabilisé, pour arpenter une terre plus mélodique bien que toujours très personnelle, totalement désespérée et dans la continuité du Dark sépulcral des débuts. Le pivot de cette évolution fut un Tonight's Decision qui divisa autant les fans qu'il contribua à en drainer de nouveau. Depuis, chaque nouvel album creuse toujours un peu plus le même sillon, le dirigeant vers une forme de pureté et d'achèvement. Proche de son prédécesseur, The Great Cold Distance, Night Is The New Day pourra sans doute décevoir de prime abord. En ce sens, les premières écoutes, certes agréables laissent un sentiment amer, celui du déjà-entendu. C'est particulièrement évident avec le pourtant magistral "Liberation" qui n'apporte rien de neuf sous le soleil noir et pale des Suédois. Mais Katatonia n'est pas un groupe comme les autres ; son art réclame attention et de multiples stations à son endroit si l'on désire capturer une essence qui ne se dévoile jamais aisément. Ainsi, les écoutes aidant, on pénètre progressivement le coeur de Night Is The New Day, après avoir traversé la croûte terrestre qui le protège de l'immédiat, de l'instantané. 




Fortes d'une ossature dense et concise, les compositions révèlent un travail d'écriture et d'arrangement digne d'une mécanique d'orfèvrerie, quand bien même ce terme ne se marie pas réellement à des chansons plus émotionnelles que techniques. Posées, elles renvoient une image de tension contenue ("Liberation", "Nephilim") en même temps qu'elles allient avec fluidité voiles atmosphériques ("Onward Into Battle", "Inheritence") et puissance minérale ("Forsaker", "Day And Then The Shade"). Le groupe reste fidèle à une signature qui n'appartient qu'à lui dont il ne se départira sans doute jamais, laquelle repose à la fois dans le chant éthéré d'une belle fébrilité de Jonas Renkse et dans les riffs obsédants de Anders Nyström, qui parvient toujours à en dire beaucoup avec bien peu ("The Longest Day", "The Promise Of Deceit" et surtout "New Night"). Toutefois, à défaut de la transcender, il lui injecte par petites touches des motifs inédits : nappes de claviers hantés "Onward Into Battle"), percées atmosphériques presque progressives ("Forsaker" sur lequel plane l'ombre d'Opeth sans que l'on puisse véritablement affirmer lequel des deux a influencé l'autre) et une pincée electro/triop-hop parcimonieuse (le terminal "Departer" où Jonas confère à sa voix une tessiture étrange). Sans s'imposer comme la meilleure oeuvre de ses auteurs, si tant cela veuille dire quelque chose, il n'en demeure pas moins que Night Is The New Day est encore une belle réussite à mettre à l'actif d'un Katatonia qui conserve toujours une longueur d'avance par rapport à tous ses émules. D'une quasi perfection, elle donne l'image d'un groupe qui possède l'assurance que confère une maturité depuis longtemps acquise. Une oeuvre à la fois pesante et évanescente mais toujours aussi belle et frissonnante. Katatonia a réussit ce que ce beaucoup rate : évoluer tout en conservant son essence. (2009) ⍖⍖⍖

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