24 mars 2019

Cinézone | David Cronenberg - Spider (2002)


David Cronenberg demeure un metteur en scène majeur, le fait est entendu. Mais il est pourtant permis de regretter ses débuts où, depuis son Canada natal, il développait une horreur organique au ton extrêmement personnel. Frissons, Rage, Chromosome 3, Scanner et Videodrome forment ainsi un corpus de films distillant un effroi viscéral et clinique. En troquant, à partir de Dead Zone, ses propres scénarios pour des adaptations de romans (Stephen King, William Burrough...), son travail est devenu moins jouissif tout en restant néanmoins très personnel, comme l'illustre Spider qui le voit s'emparer du bouquin écrit par Patrick McGrath même si le projet est initié par Ralph Fiennes. Après un eXistenZ inodore aux allures de simple resucée de ses premiers métrages, ce seizième opus du Canadien renoue avec l'angoisse cérébrale de Faux-semblants et surtout du Festin nu. Nourri à l'expressionnisme, le résultat est épuré, presque abstrait, gommant la temporalité et du coup la réalité dans un esprit quasi lynchien.
Au gré des retours en arrière, on se demande où se termine la réalité justement et où commence le fantasme. C'est une enquête dans un cerveau malade dont les fils sont peu à peu tissés par un Cronenberg maître d'un art aussi froid qu'envoûtant. Fil rouge de son oeuvre obsessionnelle, il dépeint la cellule familiale vue à travers les yeux d'un enfant dont les repères s'effondrent. Dans un complexe d'Oedipe à l'envers, le meurtre de la mère agit comme un pivot, moment où la vie bascule du côté de la folie. Au milieu trône la figure maternelle, à la fois pure (la référence à la Vierge Marie) et impure (la putain), à laquelle Miranda Richardson offre une (double) interprétation charnelle que l'on préfère à celle de Ralph Fiennes qui n'est pas loin de trop en faire. (vu le 17.03.2019)











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